Le Jura “vert”: 3 familles vigneronnes au métier passion !

Dernière mise à jour : juin 4


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Les roches jurassiennes de Château-Chalon

En cette période printanière et aussi de déconfinement 2021, rien n’est plus fort que l’envie de renouer avec la nature. Bref, de se mettre au « vert » ! Et pour cela, la région du Jura en est le paradis… Paysages à couper le souffle, cascades, lacs, falaises calcaires jurassiennes, plaines où broutent les vaches laitières prêtes à vous offrir les fromages les plus fruités qu’il soit, coteaux de vignes et charmants villages en pierres, la déconnexion « nature » sera garantie ! Je vous propose un séjour oenotouristique sur un territoire unique, petit par sa taille et donc facile à parcourir sur ses 80 km de long mais grand par sa richesse et l’authenticité de son accueil. Rencontre avec trois familles de passionnés au cœur des vignobles jurassiens.


Le « poumon vert », « point vert sur la carte », « zone bio »…


Voilà des expressions de touristes étrangers partagées par des Américains visitant les vignobles locaux, témoigne un vigneron. Certains considèrent même la région comme le cœur de l’esprit « agriculture biologique » tellement les paysages environnants sont verts, immenses et variés, rappelant les codes couleurs des modes « bio » ! Il faut dire qu’à chaque avancée en voiture, à vélo ou en randonnée, les paysages changent tout comme les sols. On y trouve une accumulation de l’histoire d’un bout à l’autre du territoire : entre les calcaires, les silex et les fossiles, les différentes ères* historiques ont créé la diversité des terroirs, ce qui se reflète aussi dans la diversité des vins (*Le Jurassique et le Trias datent de l’ère secondaire, période qui a 225 millions d’années et a duré 160 millions d’années). Ainsi, le cépage rouge local « Trousseau » trouvera sa place idéale sur la « chaille », un mélange de silex et de graviers, au Nord d’Arbois, à Montigny-lès-Arsures tandis que les blancs comme le Savagnin et le Chardonnay s’épanouiront sur une marne bleue « trias » présente sur la commune et AOC de Château-Chalon apportant une grande finesse aux vins. Ce n’est pas innocent si les moines ont longuement étudié les sols et leurs interactions avec les vins par l’analyse du lieu de salivation en bouche et de sa texture avant de définir les meilleurs accords cépages et terroirs ! Il n’y a pas que le climat qui influence le choix des vignes mais aussi et surtout les sols ! D’ailleurs le Jura regorge de sites clunisiens, c’est pourquoi le choix du terroir pour les vins y a toute son importance.




Arrêt en hauteur à Château-Chalon au domaine J-C Credoz



Au cœur d’un des plus beaux villages de France, perché sur une falaise, Château-Chalon est le berceau du célèbre vin jaune, ce vin jurassien à la couleur jaune dorée, élevé sous voile patiemment pendant 6 ans et 3 mois ! Riche en histoire et en gastronomie, petit par la taille avec quelques centaines d’habitants et grand par sa renommée, le village révèle de nombreux métiers d’art dont celui de vigneron. Et c’est chez Jean-Claude Credoz et son épouse Annie que nous démarrons notre visite. « J’ai créé le domaine en 1991, la pire année, touchée par le gel… et voilà que 30 ans plus tard, mon fils Valentin nous rejoint aussi en cette année de gel » nous explique Jean-Claude. Un signe ? Un parallèle en tout cas, père et fils. Et cela fait 30 ans que la famille s’intéresse aux méthodes naturelles pour cultiver la vigne puisque dès les prémices, Jean-Claude travaille en culture raisonnée pour basculer depuis 4 ans en biodynamie sur ses 9 hectares dont 4.48 ha sous l’appellation « Château-Chalon » : « Toutes les vignes se situent sur un rayon de 5 km, dont 50% sur la commune de Menetru. » La famille se voit surchargée de demandes depuis quelque temps avec la mise en lumière des vins du Jura par de nombreux sommeliers du monde : le domaine reçoit de plus en plus de visites de passionnés, de touristes belges, allemands, de bloggeurs et même de magazines et revues spécialisées. Dernièrement, leur importateur en Californie ne cesse de les solliciter pour ses clients américains. Quant au fils, Valentin, il représente la cinquième génération et se veut au plus proche de la nature : il a instauré de l'engrais vert entre les rangs et mis en place de nombreux trèfles, ce qui génère beaucoup d'azote, un élément très nutritif pour la vigne. « Ici, c'est un projet de famille. Mon épouse est un pilier au quotidien, tant sur les aspects communication que commerciaux et Valentin se passionne dans les vignes et le chai avec l’aide de quelques employés. Il n’y a pas de patron, nous travaillons en équipe ! » souligne Jean-Claude.


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Le duiset pour extraire le vin sous voile

Entourée de vieilles vignes, la famille tient à préparer la végétation en réintroduisant des pratiques ancestrales comme la taille du Poulsard en V comme le faisaient leurs grands-parents. Cette taille permet de générer deux flux de sève et de limiter les risques (climat ou autre). Sur leurs terres, le cépage « Melon à queue rouge* » a même fait l’objet de recherche par une équipe de Montpellier qui aurait estimé leur date de plantation entre 1900 et 1920. La famille ferait partie des 7 à 8 vignerons possédant des vignes de cette époque dans le secteur. Les autres vignes (Chardonnay, Savagnin auraient 70 à 80 ans. Les vins plaisent tant qu’ils sont d’ailleurs vendus à 70% aux particuliers ! Lorsque Valentin a souhaité rejoindre le domaine, Jean-Claude a décidé de laisser une parcelle de Savagnin pour son fils : « Tu en fais ce que tu veux. » Valentin relève le défi et tente l’aventure d’un Savagnin ouillé. Nombre de proches et d’experts l’ont averti qu'il n’arriverait jamais à démarrer la fermentation avec les levures indigènes, car avec la forte présence de sucre, cela est trop risqué. Jean-Claude se souvient : « Mon fils a passé 15 jours en cuverie jour et nuit. Toutes les 2 à 3 heures, il faisait son remontage. Il restait un peu de sucre résiduel. Le vin a fini sa fermentatio