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Dans les coulisses d’une des premières appellations de France : Châteauneuf-du-pape !

Article publié également sur le magazine du vin Génération vignerons ici



Passionnés de dégustation, de terroirs, membres de divers clubs*, se sont retrouvés récemment à Châteauneuf-du-pape lors d’un voyage dédié à la dégustation géo-sensorielle. Pourquoi Châteauneuf-du-pape ? Cette appellation, qui a été l’une des premières à être protégée dès 1936, a une histoire géologique très riche et idéale pour ressentir les marqueurs des terroirs en bouche.


Depuis la formation des continents aux paysages d’aujourd’hui, l’approche géologique permet de mieux appréhender les dégustations des vins de Châteauneuf-du-pape et ce qu’ils expriment sous nos pieds.


Petit retour sur les principes de géologie


Nos terroirs sont constitués de plusieurs grandes familles de roches : elles sont magmatiques (de profondeur, issu du magma – volcanique ou plutonique –),ou métamorphiques (issues d’une transformation de roches sédimentaires sous l’effet de la pression et de la température) et les roches sédimentaires (formées à la surface de la Terre, par une altération physique (désagrégation) et chimique (transformation, dissolution, transport – dépôts –) sous le climat.



Toutes ces roches peuvent posséder une fonction terroir à condition qu’elles aient subi une transformation.


Pour l’œnogéologue Georges Truc, il est impossible de faire prendre racine à une vigne sur un rocher seul. Pour que les roches deviennent des terroirs viticoles prêts à transmettre des propriétés au vin, elles doivent subir une transformation, soit par dégradation physique (le gel, l’érosion, le vent) soit par altération (l’action de l’eau) et de l’activité biologique du sol et sous-sol. Et cette altération de roches sera aussi conditionnée par d’autres facteurs comme les fractures dans le sol, les racines, les terriers…


De la période du Trias (marquée par une forte aridité) à celle du Jurassique (époque tropicale à la mer chaude et aux nombreux organismes vivants, ammonites, poissons), un seul continent existe : la Pangée. Il faut imaginer des alternances de dépôts calcaires en périodes chaudes et des dépôts de marnes lors des périodes froides, le tout dans un contexte tropical.


C’est justement dans la région de Châteauneuf-du-pape que l’on peut observer cette diversité des roches avec des particularités locales comme les safres pour ces roches méridionales constituées de sables compactés. Vous pourriez entendre parler de molasses aussi, issues du mot « meule » en rappel à la pierre qui servait pour la pierre de meule.




Côté sud du Rhône, les substrats sont exclusivement constitués de roches sédimentaires : calcaires, marnes, grès, alluvions, cailloutis, éboulis calcaires, une apparition à l'ère secondaire il y a 250 millions d’années. On peut voir sur ces roches des fossiles marins à l'oeil nu. Imaginez une accumulation de microorganismes dans les fonds marins, créant un stock de calcaire !


Ce phénomène est amplifié dans la période suivante du Crétacé où l’on peut retrouver une dizaine de kilomètres de matériaux riches en calcaire. Dans ces milieux marins de l’époque, une transformation des roches se prépare, avec une infiltration des fluides de silices dans les vides des roches, des coquillages marins, et où l’on observe une transformation des composés d'origine par de la silice : ainsi, les silicifications sont très nombreuses à Châteauneuf-du-pape.


Une phase de mouvements s’opère avec la rotation du bloc ibérique venant percuter la partie occidentale de l’Eurasie, poussée vers le nord. A la suite de la phase de plissement de l’Eocène, débute une phase de cassure – la faille de Nîmes. Une transgression de la mer Méditerranée dans l’espace rhodanien s’ensuit (Miocène). Il y a 13 millions d’années, la chaîne des Alpes se met en forme, à l’époque entourée d’eau. La roche mère d’origine, le grès, redeviendra à son état d’origine : des sables.


A la fin du Miocène, la mer disparait et les rivières continuent d’alimenter le milieu qui devient continental. Ainsi, s’accumulent cailloutis et marnes, formant les collines viticoles telles qu’on les connait, comme Rasteau par exemple. A la fermeture de Gibraltar, la Méditerranée perd 1500 m de hauteur (au Messinien). Puis, le détroit de Gibraltar s’ouvre de nouveau formant le déluge zancléen (au Pliocène). En seulement deux ans, la Méditerranée se reconstitue, soit une montée des eaux de 10 mètres par jour !


A la fin du Tertiaire, la mer présente à Châteauneuf-du-pape disparait, la vallée du Rhône est comblée et le Rhône se met en place de manière définitive.


Sables ou galets?



Ces successions d’évènements engendreront quatre terroirs majeurs sur les parcelles visitées à Châteauneuf-du-pape : des calcaires, des grès rouges, des sables et des galets roulés.


Les plus grands terroirs à vins fins et élégants sont, selon Georges Truc, loin de cette image des galets roulés circulant à l’échelle planétaire dans les guides, blogs et autres sites (serait-ce un touriste émerveillé par les galets qui aurait répandu cette croyance ?). En réalité les grands vins seraient issus des terroirs sableux qui d’ailleurs dominent dans la région (les mythiques vins de Rayas ne sont-ils pas sur sables ?).


D’ailleurs, les parcelles ressemblant à des mers de galets impressionnantes cachent un autre sol sous ces lourds amas : des argiles rouges riches en fer, nourrissant la vigne à foison.


On peut y trouver les argiles les plus complexes comme la smectite, avec un grand nombre de feuillets riches en oligo-éléments. C’est là que viennent se nourrir les racines des vignes ! En réalité, ce sont des filaments de champignons qui pénètrent dans les radicelles de la vigne, ce que l’on appelle l’endomycchorisation de la vigne commente Georges. Ces filaments se comportent comme une extension du système racinaire. Les hyphes réalisent la majorité du travail en prélevant les solutions minérales pour nourrir la vigne.


Déguster un vin de Châteauneuf-du-pape avec un oeno-géologue !



Passons maintenant la soirée avec notre conférencier géologue et interprétons en bouche ces terroirs. Commençons par le domaine Charvin (2017), des vignes sur un versant nord-ouest disposées sur un substratum de sables fins. Cette finesse est ressentie dans la salivation en bouche au moment de « mâcher » le vin (ne grumons pas, n’oublions pas la dégustation géo sensorielle privilégie le toucher du vin en bouche). La salivation se disperse sur la langue comme lorsque l’on verse un seau d’eau sur la plage, la texture est fine, les tannins aussi. Une sensation de satin se ressent, légèrement fraiche comme le vent qui souffle sur cette parcelle. Le thym se ressent en aromatique davantage que le laurier. C’est normal, explique Georges, car le calcaire a tendance à développer la molécule « linalol » à l’origine du laurier tandis que les sables développeront le « thymol » dans le vin. Continuons avec le vin d’Isabel Ferrando (2020), un vin juteux, aux notes de fruits noirs frais et un nez animal sur le fond. Les vignes du domaine sont situées sur une terrasse à galets roulés de quartzite légèrement altérées avec des calcaires en sous-sol. En bouche, on ressent une montée de la salivation sur l’avant de la langue, qui fait saliver encore et encore les linguales avec une pointe saline, marqueurs d’un sous-sol calcaire ! En texture, on ressent un tissu fin et léger tel le taffetas. La cuvée du papet (2018) du Clos du Mont Olivet offre un nez frais aux notes d’eucalyptus. L’humus vient ensuite sur un fond toujours aussi frais de cassis. La salivation prend une forme de rouleau cylindrique à travers la langue, prenant de l’épaisseur en bouche et granulant peu à peu, rappelant le tissu de feutrine (parlons texture !). Ce vin représente la synthèse des terroirs de Châteauneuf-du-pape : des sables, des galets roulés et des grès. Il n’y a pas de calcaire par contre (pas de salivation aérienne à l’avant de la langue ni de pointe saline !).





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